L'actualité des 6èmes Rencontres
Petite histoire pour illustrer pourquoi faire de la santé ensemble :
Françoise 56 ans, est mariée et a deux enfants et trois petits-enfants. Elle habite dans une petite ville.
Ce mercredi, Françoise garde deux de ses petits enfants en vacances, malgré la fatigue d’une nuit sans sommeil. Ses voisins ont fait trop de bruit hier soir. Elle sort tout de même pour se promener dans son quartier et rejoindre le parc.

Sur le palier, elle croise sa voisine, mère d’une petite fille handicapée qui ne quitte jamais son appartement car il n’y a pas d’ascenseur dans l’immeuble. Elle lui promet de lui ramener quelques commissions. Avec le regret que lors du dernier programme de renouvellement urbain, les bailleurs n’ont pas demandé l’avis des habitants de l’immeuble, des associations de personnes handicapées, d’ergothérapeutes, … mais ils se sont contentés des architectes.

En bas de son immeuble, sur le trottoir, ils longent les immeubles défraîchis et la voie publique trop sonore. Moteurs, klaxon, échappements mal réglés, elle se dit que çà ne doit pas être très bon pour elle tout çà, ni pour ses petits enfants. Ils hâtent le pas.

Ils doivent prendre le bus pour rejoindre le parc. Comme si elle n’en avait pas assez du bus 36, qu’elle doit prendre tous les jours pour se rendre au travail, bondé du matin au soir. Heureusement, les gens sont plutôt sympathiques et lui laissent de la place pour entrer.

En arrivant au parc de son quartier avec ses petits enfants, ceux-ci courent vers l’aire de jeux. Ils ont besoin de se dépenser. « Courir après un ballon leur évite de trop jouer aux jeux vidéo» comme dit leur mère, le fille de Françoise. « Ca les aère. Ils seront bien fatigués ce soir» Un parcours santé est également à leur disposition. Le plus petit est déjà sur les barres parallèles.

Elle aperçoit alors au loin une autre voisine dans le jardin partagé. Cela faisant longtemps qu’elles ne s’étaient pas vues. Après avoir échangé quelques banalités sur le temps qu’il fait, Françoise apprend de cette voisine qu’il va bientôt y avoir une partie du jardin consacré à un potager. « Avec des salades et des carottes », répète-t-elle ? « Intéressant ! Mais que vont-ils en faire ? ». « Il s’agit d’un programme qu’ils ont imaginé avec l’instituteur et la cantine de l’école. Les enfants plantent les graines, étudient en classe les différents types de légumes et en goûtent certains, qu’ils viennent ou non du jardin. Tout ça parce qu’ils ont remarqué que certains élèves n’en mangeaient pas beaucoup de légumes. C’est sûr, ils préfèrent les sucreries à cet âge là ! ». 

Poursuivant sa promenade dans le parc largement arboré, elle est prise d’une crise d’allergie. «Ah, le rhume des foins. Normal avec tout ces pollens ! C’est la saison » se dit-elle. Nez coulant, yeux écarlates, elle se demande si elle ne devrait pas en parler avec son médecin, vu que ça a tendance à empirer avec les années, et avec son asthme... En colère contre ces arbres agressifs, elle se dit quand même que ceux qui sont plantés tout autour du parc l’isolent bien du bruit de la ville.

En fait, Françoise, en arrivant au parc, s’était assise sur un banc et s’était mise à rêver éveillée. Quand elle reprend conscience, réveillée par un avertisseur sonore, elle voit devant elle une aire de jeux grillagée, avec un sol stabilisé, donnant sur le parking du supermarché. Stressée par son réveil brutal et contrariée par cette réalité sombre, elle ordonne à ses petits enfants de revenir vers elle, alors qu’elle s’en veut de les avoir laissé sans surveillance même l’espace d’un instant.
En repartant du parc, Françoise décide de passer par le musée de la ville pour se changer les idées. Une expo de peinture abstraite : Kandinsky. Les petits enfants lui posent alors beaucoup de questions. « Qu’est ce que ça représente ? Pourquoi il y a des musées ? » Et puis au cours de la visite : « Ouah ! C’est super beau ! On dirait de la musique ! ».

Un peu plus tard dans l’après midi, sur le chemin du retour, le plus grand de ses petits fils lui dit qu’ils ont fait du théâtre au collège. Il est en troisième maintenant. « Ah bon ? » lui dit-elle. «Et qu’est-ce que vous avez joué ? ». Il lui explique que c’est dans le cadre d’un cours sur la prévention du SIDA, qu’ils ont joué des scènes que eux-mêmes ont inventé. Sa grand-mère s’assure alors avec satisfaction que les messages de prévention sont bien passés. Il faut dire que Françoise est infirmière depuis plus de 30 ans maintenant. Elle se dit que cette action a été bien menée et qu’ils auraient du faire la même chose dans l’école de la fille de sa collègue, séropositive qui n’ose pas parler de sa maladie à ses professeurs.

Un peu plus épuisée physiquement mais ressourcée intérieurement par les couleurs vives et dynamiques de l’expo et par la satisfaction de voir qu’elle peut parler de beaucoup de choses avec ses petits enfants qui grandissent décidément beaucoup trop vite, elle repart vers chez elle en prenant soin de s’arrêter à l’épicerie de la rue pour ramener les commissions de sa voisine.
Cette histoire est bien sûr une invention qui permettra, nous l'espérons, d'incarner le thème difficile de l'intersectorialité et de l'impact sur la santé de l'action de tous et en particulier des professionnels de tous secteurs, des élus et des habitants.
Les quelques secteurs qui ont été mentionnés lors de cette histoire sont les suivants : URBANISME, ENVIRONNEMENT, SPORT, ALIMENTATION, EDUCATION, CULTURE, LIENS SOCIAUX ET SOLIDARITE, SOINS… Saurez-vous retrouvez à quelles étapes de l’histoire nous faisons référence ?
Notre propos est bien que le réel de la vie des gens est complexe, que la santé croise les parcours de vie et que la santé relève de nombreux secteurs d’activité qui gagneraient à travailler ensemble dans une optique d’amélioration.
Nous aurions pu faire un autre scénario, celui par exemple d’un agriculteur dont les conditions de travail sont dégradées, d’une bénéficiaire du RSA pour qui ne pas rentrer dans une dynamique d’exclusion relève de la lutte quotidienne, d’un demandeur d’asile, torturé au pays, qui découvre Bach dans une somptueuse salle de concert parisienne… Tous ces scénarii sont à l’intersection de la vie quotidienne et de la santé prise dans sa dimension globale.
C’est pour cela que l’Institut Renaudot vous a proposé cette édition de réfléchir ensemble à comment chacun depuis sa place (l’architecte, l’élu à la santé, l’habitant, l’agriculteur, l’urbaniste, le médecin, l’usager, l’élu à la culture,…) peut/doit apprendre à travailler avec les autres pour FAIRE DE LA SANTE ENSEMBLE, en des meilleurs termes, pour créer les conditions d’une meilleure santé pour tous.
Vous êtes venus nombreux à ces Rencontres pour vous outiller afin de travailler ensemble tout en mettant l'habitant, usager, citoyen au centre de l'action.